Vaste question s’il en est, sachant que plus ça va, et moins je peux vivre sans : elle devient partie prenante de mon
être ! L'écoute, et encore plus loin, la pratique de la musique engendrent des sensations hors du commun, qu'on retrouve rarement ailleurs : car la
musique est un art enveloppant.
Déjà, j'ai un cadre qui s'y prête plutôt bien : l'école de musique où travaille ma mère, l'EMAM. Plusieurs profs et élèves me connaissent depuis toujours (et inversement), ça aide. Et puis ça
fait un domaine où je m'en sors (à l’école, ça marche aussi, sauf que la musique, c’est juste pour le plaisir) et il y a quelques compliments qui fusent, ce qui fait très très plaisir, surtout
les premières fois ^^ Mais je prends bien garde à ne pas considérer ça comme dû (quelle horreur !) ni à me reposer sur mes lauriers. Chaque “bravo” est un réel plaisir à entendre et un moteur
pour continuer à vouloir progresser. Ce n’est pas à l’école que des camarades encourageront ceux qui ont eu des bonnes notes ...
Même si je n'y ai plongé que très récemment (3 ans), j'ai toujours plus ou moins baigné dans la musique, malgré de longues années sans pratique, je pense m'en sortir
honorablement. Après quelques années d’efforts, je commence à savoir déchiffrer à vue des morceaux simples :-). Mais il faut nécessairement s'entretenir les oreilles car on perd très vite
…
Plus profondément, la musique permet d'être sur une scène, d'exprimer un sentiment (même s'il n'est pas mien), le tout sans parler ! Quand on bégaie, ça fait du bien d'être le centre d'intérêt
sans avoir à se mettre en danger par la seule parole ^^ Ca a été une vraie source d'épanouissement pour moi, c'est vrai. Dommage que je n'ai pas pratiqué la musique durant l'adolescence, par
définition pas rose dans la tête. Car ça apporte humainement parlant.
L'avantage de l'EMAM, c'est que le travail n'est pas comme à l'école, seulement exprimé sur une feuille de papier lors d'un
contrôle de quelques heures. Non, là, l'examen ne dure que quelques minutes mais est partagé avec tout un public, plus ou moins nombreux selon les circonstances. Seulement, ces quelques instants,
même s'ils sont courts, sont très riches en émotions !
Environ 1/2 h avant d'entrer dans l'arène, je deviens irrascible, je ne m'intéresse à rien d’autre que mon passage en scène, avec éventuellement un petit mot pour
ceux qui vont également se mettre en danger ce soir là. Je n’entend plus rien sauf si ça concerne la scène.
Puis quelques instants avant de se lancer, se développe une vraie montée d'adrénaline et de stress qui atteint son apogée au moment où il faut commencer à jouer / chanter. S'en suit une
concentration très forte pendant l'effort qui fait que quelques instants après avoir fini, on ne se souvient presque plus de rien. Et pour finir, après la performance, il y a quelque chose que
j'appelle “l'ivresse de la scène”. Ca me le fait surtout quand on est plusieurs à se frotter à la scène, que ce soit dans plusieurs soli à la suite, dans des trios ou quatuors ou dans un grand
projet comme un opéra ou un concert dédié à un compositeur (Didon et Enée ou Orfeo, Mozat, Rossini, Offenbach). De telles sensations sont extraordinaires à vivre !
Cette “ivresse” est aussi liée au fait que, dans ce cadre amateur, un concert est un aboutissement de tout un projet qui dure plusieurs mois. Jamais un soliste
n'aurait sa partition seulemement dix jours avant la date fatidique. D'ailleurs, musicalement parlant, pas grand monde ne serait capable de maîtriser parfaitement la partition en si peu de temps.
Et vocalement, personne (enfin, ça dépend des airs, on est pas à l’abri de bonne surprises): nous sommes des amateurs, nous n'avons ni la formation pour, ni le temps matériel : nous ne faisons
pas que ça.
Ici, chaque morceau s'obtient à la force du poignet, il sert à acquérir un nouveau savoir-faire. Chaque nouvel air est une nouvelle bataille pour la tessiture, le
soutien, l'expression, le phrasé, les vocalises quand il y en a etc ...
Mais savoir qu'on va se défendre sur scène est très motivant pour travailler ! Plus que d'étaler ses connaissances sur une copie double à grand carreaux ... Du coup,
le travail “pénible” (échauffements répétitifs, travail de la voix et autres joies sans musique stricto sensus), même si ce n'est pas toujours de bon cœur, se fait. Et puis il ne faut pas oublier
que ce sont les outils indispensables pour arriver un jour à interpréter une oeuvre comme on en a envie, sans être limité par ses possibilités. Et cela, ça n'a pas de prix ...
La musique, c'est se retirer quelques instants du monde réel et ses contraintes pour faire quelque chose qu'on aime et partager cela.
Vous dîtes ?